Approche historique de Grandvillard

Grandvillard est un enfant de la montagne. Le village doit, en effet, à son activité pastorale et à la commercialisation de son fromage une ère de prospérité durant les XVIIe et XVIIIe siècle. Preuve, cette aisance qui se lit dans ses maisons cossues, sur les façades de pierre, sur les fenêtres tripartites aux accolades gothiques. A l’orée de la forêt, la maison de Pierre de la Tinaz, marchand de fromage et banneret respire cette richesse.

Ce village de la Haute-Gruyère était né de la montagne une première fois au début du millénaire. Les légendes, jamais innocentes, parlent d’une communauté clairsemée dans les alpages au-dessus de la vallée. Il semble que Grandvillard trouve son origine (son patronyme le prouve) dans la colonisation romaine (1er siècle après J.C.). Le territoire fut alors divisé en parcelles attribuées à des légionnaires méritants, les « villae ». Le nom du village en est issu : Vilar (1228), Vilar retro Gruériam (1390), Communitas Magni Villarii retro Gruériam (1497). Au cous du XIIe siècle, les groupes de populations s’étant mieux dessinés, le village se forme au pied de la montagne, à proximité du ruisseau de la Taouna.

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Dès lors, Grandvillard appartient à la Seigneurerie de Montsalvens, branche cadette de la maison de Gruyère. Affranchis de la mainmorte (1388), les habitants reçoivent en 1462, de Jean de Montsalvens, la permission d’élire leur premier « gouverneur de commune », Nicod Pillamet. Cette période médiévale est marquée par l’empreinte indélébile de la civilisation chrétienne. Dès 1228, Grandvillard apparaît comme un des centres religieux de la Haute-Gruyère. De la colline de la Daudaz, l’espace religieux se déplace vers le centre du village. Là, en 1490 puis en 1594, deux églises y sont successivement construites.

De la période florissante des Temps Modernes, la mémoire collective a gardé le souvenir d’un Age d’or. Le paysage a conservé les traces d’une forte activité : grenier, moulins, battoirs, tanneries sont les reliques d’une économie disparue. Et, revers de la médaille, les textes gardent le souvenir des centaines de Grandvillardins contraints à l’émigration durant le XIXe et au début du XXe siècle.

Durant les années 1930, le village apporte sa pierre à la renaissance de l’art sacré en construisant l’église actuelle. Il participe aussi activement à la défense spirituelle du pays en montant, en 1935, le festival « Chante Grandvillard » de Joseph Bovet et Jo Baeriswyl.

Ce village, autrefois réputé pour ses montagnards et ses chasseurs, a vu naître quelques personnalités : Jacques Delatinaz (1764-1810), homme de lettres émigré à Paris et auteur d’une vingtaine d’ouvrages ; Jean-Pierre Currat, mercenaire au service de Napoléon, a fini ses jours comme instituteur dans son village ; Pierre Musy, conseiller d’Etat et préfet de la Gruyère (1808-1888) ; Placide Currat, chanteur du Ranz des vaches aux Fêtes des vignerons de 1889 et 1905 ; Jean-Marie Musy (1876-1952), originaire du village, conseiller fédéral et président de la Confédération en 1925 et 1930.

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D’autres figures, plus anonymes, nourrissent l’imaginaire villageois. Et les épisodes locaux, fêtes et anniversaires, sont les témoins d’une riche activité associative qui faisait déjà dire à Hubert Charles, en 1826, que les Grandvillardins « aimaient la joie et la comédie », qu’ils avaient le sens de la fête !

par Patrice Borcard, historien